Circuits courts : la baisse après le boom de 2020

Avis de Gourmets

Depuis le printemps 2021, la tendance à la baisse des circuits courts et de la vente directe se confirme. Les achats en circuits courts sont ainsi retombés à un niveau inférieur à avant la pandémie. Comment l’expliquer ?

Magasin de producteurs

Boom des circuits courts en 2020

En 2020, en plein cœur de la crise covid, la vente directe et les circuits courts avaient été boostés par plusieurs facteurs. 

Face aux ruptures de stocks, aux files interminables pour accéder aux grandes surfaces et à la peur de la foule et de la contamination, de nombreux habitués du supermarché avaient modifié leurs comportements d’achat en privilégiant les circuits courts de proximité. Chez Avis de Gourmets, nous avons pu constater ce boom à travers l’envolée des recherches de bonnes adresses de producteurs et artisans sur le site. Les producteurs, magasins de producteurs et artisans s’étaient rapidement adaptés pour servir au mieux cette foule de clients : élargissement de l’offre pour certains, click and collect et/ou livraison pour d’autres. Le « monde d’après » était-il enfin devenu une réalité ? Les comportements d’achats s’étaient-ils modifiés en profondeur? Pas si sûr…

File des commandes retrait magasin de producteurs pandémie

Recul des circuits courts en 2021

Dès le printemps 2021, à la réouverture des restaurants et loisirs, la tendance à la baisse s’est installée. Le niveau des ventes en circuits courts serait arrivé, si l’on en croit cet article de Novethic « Pourquoi les circuits courts décrochent ? » , à un niveau inférieur à celui avant la pandémie. Maraîchers en situation critique faute de clients (+ intempéries), épiceries de vrac qui perdent + de 50% de chiffre d’affaires par rapport à avant la pandémie, sur le terrain la tendance à la baisse se confirme et fait froid dans le dos. A la clé, ce sont des paysans et des petits commerçants qui mettent ou vont mettre la clé sous la porte.

Et pourtant, lorsqu’on les questionne, les français disent soutenir un système plus juste et plus durable. Ils disent vouloir manger plus local, de meilleure qualité, être attachés à une meilleure traçabilité. Pourquoi un tel décalage avec la réalité ?

Comment expliquer le recul des circuits courts ?

  • La résistance au changement

Dans nos vies personnelles et professionnelles, la résistance au changement est partout. C’est un fait, les individus n’aiment pas le changement et préfèrent le confort d’une situation connue. A la question « voulez-vous du changement ? », la réponse est oui. A la question « qui est prêt à changer concrètement ? », ce n’est plus la même histoire. Une fois la situation sanitaire revenue à peu près sous contrôle, c'était plus simple de reprendre ses habitudes.

Pour changer durablement, il faut accepter de passer par une période de turbulence inconfortable (plongée dans l’inconnu, je n’y arriverai pas, c’est trop compliqué…). Il faut du temps et de la persévérance pour installer une nouvelle habitude. Seulement ensuite viendront l’acceptation et le changement de comportement.

  • Décalage entre les intentions et la réalité

« Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais »

Il existe un fossé, un décalage entre ce que les consommateurs pensent, disent et font réellement. Voici un exemple parmi tant d’autres : dans un sondage de l’Ifop pour le JDD, 82% des français se disent favorables à la fin de l’élevage industriel. Dans les faits, l’élevage en batterie est aujourd’hui le standard en France, notamment pour les porcs (95% en élevage intensif) et les poulets de chair (80% en élevage intensif). C’est en majorité cette viande-là qui est achetée en grandes surfaces et consommées en France. Les consommateurs réalisent-ils ce décalage au moment d’acheter leur barquette de 4 tranches de jambon ? Pas si évident car les modes de production ne sont pas précisés sur la viande. Pour rassurer le consommateur (et éviter qu'il ne se pose trop de questions?), les labels et accroches du type « viande de porc français » ou « élevé sans antibiotique » fleurissent, mais sans aucune garantie sur le bien-être animal.

A côté de cela, des petits éleveurs français qui élèvent des cochons sur paille ou en plein air ont du mal à joindre les deux bouts.

élevage de cochon en plein air circuit court

  • Une question de priorité ?

Dans les années 60, l’alimentation était la principale dépense des ménages français. Le Logement a depuis pris la 1ère place, et la part des loisirs (TV et téléphonie, sorties, culture…) a grandi jusqu’à représenter aujourd’hui 10% des dépenses moyennes d’un ménage.
Ce n’est pas un hasard si ces derniers temps les grandes enseignes et startups de « Quick commerce » mettent le paquet sur le développement de services pour "faciliter la vie" des consommateurs : commande en ligne de son canapé, retrait rapide, promesse de livraison en 30 voire même 10 minutes.

Indépendamment des capacités financières, les consommateurs sont-ils prêts à faire l’effort de privilégier les circuits courts (changement des habitudes, temps pour les courses et cuisiner…) ? Probablement pas. Et ce même si les circuits courts se bougent eux aussi pour nous faciliter la vie (Magasins de producteurs multi-produits, points de retrait et/ou livraison de produits fermiers…)

Seule une vraie prise de conscience personnelle sur l’impact de nos choix alimentaires sur notre santé et notre environnement pourrait faire changer les comportements en profondeur. Education et sensibilisation douce sont nos meilleures alliées.

  • La grande distribution court-circuite les circuits courts

« Act for food » par-ci, « le meilleur marché » par-là, mise en avant de partenariats avec des producteurs, rayon vrac et bio géants, les grandes enseignes de la distribution ont bien compris que pour sauver leur modèle, elles avaient tout intérêt à se construire une image vertueuse. Une image qui laisse entendre aux consommateurs qu’acheter leurs produits s’inscrit dans une démarche vertueuse.

Ne soyons pas dupes, le modèle de la grande distribution est en grande partie à l’origine de la précarité de nos agriculteurs. Les prix d’achat aux producteurs sont le plus souvent trop bas et ne leur permettent pas de dégager un juste revenu, les conditions commerciales placent les agriculteurs sous contrainte alors que les marges de la grande distribution sur les produits frais sont importantes. Du côté des produits, la grande distribution privilégie des produits standardisés et fait la part belle aux cultures hors-sol sous serres chauffées de France et d’ailleurs qui permettent de proposer de tout presque tout le temps. Le consommateur se rend-il compte de cela quand il remplit son caddie de tomates, de courgettes et de fraises en février ? Probablement pas, tant les grandes surfaces ont transformé nos habitudes et nos références. Probablement pas tant le manque de transparence est la règle en ce qui concerne le mode de production des produits commercialisés. Là aussi, éducation et sensibilisation douce sont nos meilleures alliées.

Fruits rouges en supermarché mars

En 10 ans, la France a perdu 100 000 agriculteurs qui ont mis la clé sous la porte ou ont pris leur retraite sans repreneur. Les fermetures s’accélèrent. Qui et quel modèle de société décidons-nous soutenir avec notre porte-monnaie ?  Qui pour nous nourrir demain? Comme le dit souvent le Chef Florent Ladeyn, manger c’est voter 3 fois par jour. Pensons-y lorsque nous faisons nos courses.

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